Inde : les pauvres s’unissent pour la justice

En octobre 2012, après que 60 000 personnes aient défilé vers la capitale Delhi, Ekta Parishad (Forum pour l’unité), immense mouvement populaire en faveur des pauvres de l’Inde, a réussi à obtenir du gouvernement un accord de réforme agraire. Inspiré par l’exemple de Gandhi, le mouvement constitué de 2 000 groupes de la société civile, fondé il y a vingt ans par Rajagopal PV, a lancé un appel pour des réformes agraires qui « permettraient aux couches de la société les plus marginalisées et les plus pauvres de sortir de la pauvreté ».

En 2007, une autre grande marche du mouvement Ekta s’était déroulée avec 25 000 personnes parcourant 350 km en 27 jours. Leurs demandes avaient été satisfaites grâce à la création d’un Conseil national de la réforme agraire ; mais ses recommandations n’ont jamais été mises en œuvre, si bien qu’une seconde marche a été organisée, et appelée Jan Satyagraha – la Marche pour la justice.

Le 11 octobre 2012, dans la ville historique d’Agra, la marche s’est terminée prématurément après que le ministre Jairam Ramesh et Rajagopal aient signé un accord en dix points répondant à la plupart des demandes d’Ekta. Un groupe de travail sera mis en place sous l’égide du ministère du Développement rural et le gouvernement collaborera avec les gouvernements des Etats afin de garantir un lopin de terre à « tous les ménages pauvres ruraux sans terre ». Il créera également des tribunaux à procédures accélérées pour résoudre les litiges fonciers. Le projet de la politique nationale des réformes agraires sera soumis au débat public dans les six mois et Rajagopal a mis en garde : « Si rien ne se passe dans six mois, nous nous rassemblerons ici à Agra et nous marcherons sur Delhi. »

La marche de 2012 était bien organisée : nourriture, eau, assainissement et abris ont été fournis pour tout le monde, avec des camions transportant le matériel à l’avance. Une atmosphère de carnaval entretenait la motivation des hommes, des femmes et des enfants qui brandissaient des drapeaux verts et blancs. Les journaux nationaux ont largement couvert l’événement et les populations locales ont encouragé les manifestants lorsqu’ils traversaient les villes et les villages. Des militants venus de l’étranger ont rejoint la marche en solidarité et ont appris comment organiser des marches pour la paix dans leur propre pays. Dans le cadre des préparatifs pour la marche, qui ont débuté en 2011, Rajagopal et 20 collaborateurs ont parcouru 80 000 km dans 350 districts de l’Inde pour porter les messages de non-violence et du droit à la terre, et pour mobiliser les soutiens.

Interviewé en 2011 Rajagopal expliquait : « Parfois, il y a des divisions créées par les idéologies. Les gens suivent Gandhi, Marx et divers autres leaders. Nous avons donc décidé de contacter tout le monde et de dire : « A ce stade, alors que le pays fait face à un tel danger, que toutes les ressources sortent du pays au profit de quelques-uns, et que les pauvres sont contraints d’émigrer, ce n’est pas le moment de chercher à montrer quelle idéologie est supérieure à l’autre. Alors venez. » Et nous avons été en mesure de nous rassembler. »

Il avait ajouté : « La seule manière pour que le gouvernement écoute notre voix est de mobiliser une grande partie de l’opinion publique du bas vers le haut. Beaucoup de gens restent silencieux en disant : « Qu’est-ce que je peux faire pour changer le monde. » Mais ils doivent sortir de leur silence et se faire entendre […] Nous savons que la violence n’est pas la réponse […] Les jeunes du monde entier doivent comprendre que c’est une opportunité pour eux. Ils grandissent dans une période où la mondialisation provoque un accaparement des ressources, avec pour résultat l’augmentation de la pauvreté d’une part, et la concentration des richesses d’autre part. Ce défi historique doit être compris et résolu par l’action commune. »

[Sources : www.ektaparishad.com; www.bbc.co.uk]

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