Espagne : des familles expulsées s’installent dans des logements inoccupés

La crise économique en Espagne a conduit à des expulsions massives et à des milliers de logements inoccupés, en particulier dans la région du sud de l’Andalousie. La crise financière de 2008 a provoqué un effondrement du secteur de la construction, laissant un grand nombre de travailleurs au chômage. En 2010, les banques espagnoles ont saisi plus de 100 000 logements. Le nombre catastrophique des sans-abri a transformé des familles ordinaires en militants furieux, sans aucune aide des autorités publiques ou des institutions, tandis que des milliers de logements restent inoccupés.

Corrala Utopía a été fondée à Séville, par un groupe de femmes qui ont perdu leur logement suite à une éviction consécutive à des retards de paiement de loyer ou de remboursement d’emprunt. Ce groupe est situé dans le quartier de la Macarena , à Séville, qui a connu le plus grand nombre d’expulsions par suite de saisies dans le cadre d’emprunts hypothécaires, et contient plus de 130 000 logements inoccupés. Le nom « corrala » fait référence à un type de bâtiments que l’ont trouvait dans les villes espagnoles du 16 e au 19 e siècle, avec plusieurs étages de petits appartements et un balcon donnant sur une cour centrale, où les familles vivaient en communauté, partageant des installations communes et se soutenant mutuellement.

Toni Rodrigues, 44 ans, dormait dans sa voiture après avoir dû quitter son domicile dont elle ne pouvait plus payer le loyer. Le mouvement activiste communautaire 15-M, qui s’est fait connaître au cours des manifestations des Indignés en 2011, l’a aidée dans son projet d’installer des familles dans des bâtiments inoccupés. « J’avais très peur de ce qui pourrait nous arriver. Je ne savais pas si nous serions autorisés à rester ou si nous serions arrêtés », a-t-elle déclaré.

Après une préparation minutieuse, ils ont choisi un bloc vacant qui avait appartenu au promoteur immobilier Maexpa, déclaré en faillite, et qui avait été financé par la banque Ibercaja. Le 14 mai 2012, un groupe de femmes est entré dans le bâtiment. Deux semaines après le début de l’occupation, l’eau et l’électricité furent coupées. Les squatters forment un groupe de 36 familles avec 40 enfants et plusieurs personnes âgées. Ce sont des familles qui travaillent, on y trouve du personnel de sociétés de nettoyage, des ouvriers de la construction, des coiffeurs, des caissières de supermarché… ils jouissent d’un soutien populaire pour défendre leur droit à un logement convenable. « Personne sans maison, aucune maison sans personne » (ni gente sin casa, ni casas sin gente) est l’un de leurs principaux slogans. A l’heure actuelle, un réseau de corralas a vu le jour dans les petites villes d’Andalousie, un autre dans la ville de Málaga, où la situation est encore plus désespérée, et cinq autres également à Séville.

La banque est en négociation avec Corrala Utopia ; dans le quartier de Triana, la Corrala Libertad a pu se transformer en une coopérative de logement au début de 2013.

[Sources : The Guardian, G.-B. ; www.libcom.org ]

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