Espagne : le triomphe d’un parti du peuple

Il y a trois mois, Podemos (Nous pouvons) n’existait même pas. Pourtant, le dimanche ler juin 2014 au soir, le nouveau parti de gauche espagnol célébrait déjà une victoire. A la sur­prise des analystes et des instituts de sondage, il remportait 8 % des voix aux élections européennes, ce qui lui donnait cinq sièges au parlement.

Pablo Iglesias, 35 ans, est la nouvelle étoile filante des ins­tituts de sondage ; ses fréquentes apparitions à la télévision ont aidé à donner une dimension nationale à Podemos.

Malgré son manque de financement et la faiblesse de son organisation, le nouveau groupe a réussi à capter plus de 1,2 million de votes, prenant appui en particulier auprès des jeu­nes Espagnols.

Professeur en sciences politiques, Pablo Iglesias est un cri­tique virulent des élites en Espagne et en Europe, et des poli­tiques d’austérité menées suite à la dernière crise financière.

La troïka (composée de fonctionnaires de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) a joué un rôle clé lors des crises ré­centes en Grèce, au Portugal et en Espagne. Faisant écho à un mécontentement généralisé dans ces pays, P. Iglesias affirme sur son site que l’objectif principal de la troïka est « de sécuri­ser les profits des banques, des grandes entreprises et des spéculateurs. L’Europe ne peut pas être un instrument pour asphyxier les pays du Sud, et 1 Espagne ne peut pas être une cible pour la corruption, la fraude et les spéculateurs immobiliers. »

Pablo lglesias affirme : « L’Europe ne peut pas être un instrument pour asphyxier les pays du Sud, et l’Espagne ne peut pas être une cible pour la corruption, la fraude et les spéculateurs immobiliers. »

La longue liste de promesses formulées par Podemos à l’oc­casion des élections comprend la suppression des paradis fis­caux, l’instauration d’un revenu minimum garanti et l’abais­sement de l’âge de la retraite à 60 ans. Le parti a mené sa campagne électorale européenne avec un budget minimum, en faisant appel au peuple et en jouant sur l’omniprésence de », P. Iglesias dans les émissions de la télévision espagnole.

Le terrain fertile ayant permis la croissance rapide de Podemos provient du mouvement des Indignés, pas des socia­listes, a déclaré Inigo Errejôn, 30 ans, directeur de campagne j du nouveau parti. Il ajoute : « Le mouvement des Indignés était incroyablement vaste et ne pouvait pas être pleinement repris par un parti politique ; beaucoup d’entre nous étaient là, sur les places et dans les manifestations ; nous avons écouté ce que les gens di­saient et nous avons pris des notes. Sans les changements que les Indignés ont provoqué sur la scène politique espagnole, Podemos n’aurait pas été possible. Nous sommes une force citoyenne, compo­sée de personnes qui se sont réunies et ont mené une campagne élec­torale pratiquement sans argent. »

Les fondateurs de Podemos expliquent que le mouvement a été fondé en tant que parti il y a trois mois, après un débat houleux entre différentes assemblées issues du mouvement des Indignés sur la question de savoir si le travail devait se poursuivre au niveau de la base ou s’il fallait se doter d’une structure formelle.

Jusqu’à présent, la participation au parti se fait via des « cercles » qui forment environ 300 groupes de travail créés au niveau d’un quartier, d’une ville ou d’un vil­lage. Des milliers de personnes ont utilisé ces « cer­cles » pour exprimer leurs idées pour un nouveau parti qui vise à être différent en tous points. Ces grou­pes, qui ne partagent pas forcément une même idéolo­gie, sont unis par le désir de « reprendre la démocratie qui nous a été enlevée ». D’après I. Errejôn : « La formule initiale de participation directe peut et doit rester ; en même temps, le lien entre les élus et les électeurs devra être articulé d’une manière plus traditionnelle et plus stable pour des raisons d’efficacité. Ce sera la tâche qui nous at­tend pour les prochains mois. »

[Sources : El Pais, Espagne ; The Financial Times, The Guardian, Royaume‑Uni.]

Laisser un commentaire