La vérité sur Nakba

Entre 1947 et 1949, quelque 400 à 500 villages et villes arabes ont été dépeuplés et détruits, ou occupés et renommés. La plupart ont été laissés en ruines.

Zochrot (la mémoire en hébreu) est une organisation israé­lienne visant à informer les Israéliens sur Nakba, terme pa­lestinien pour désigner la fuite, l’expulsion et la dépossession de 750 000 Palestiniens, lors de la création d’Israël en 1948. Basée à Tel Aviv, ses membres étant Juifs ou Palestiniens, Zochrot enseigne aux Israéliens la vérité sur le passé, sur les faits dissimulés par des années de peur, d’hostilité et de déni. En mai 2014, ils ont lancé l’application 1‑Nabka, carte inter­active permettant de localiser les villages arabes perdus pen­dant la guerre de 1948 et donnant des informations sur leur état actuel. Entre 1947 et 1949, quelque 400 à 500 villages et villes arabes ont été dépeuplés et détruits, ou occupés et re­nommés. La plupart ont été laissés en ruines.

A la fin des années 1980, l’ouverture d’archives officielles a révélé que de nombreux Palestiniens avaient été expulsés par les forces israéliennes, contrairement à la version histori­que officielle affirmant qu’ils avaient fui, sous la pression de leurs voisins arabes.

L’organisation conduit régulièrement des visites guidées dans ces anciens villages palestiniens, montrant des fonda­tions en ciment, des fragments de murs de pierre, des restes de clôtures d’épineux ou de tombes de saints musulmans abandonnées. De nombreux villages ont disparu sans laisser de traces et sont remplacés par des banlieues et des planta­tions d’arbres, ou transformés en prairies et en vergers.

La plupart des Israéliens s’opposent à Zochrot, rejetant toute possibilité d’un retour des Palestiniens et de leurs descendants, aujourd’hui au nombre de sept millions. Le prési­dent palestinien Mahmoud Abbas a lui‑même déclaré en 2012 qu’il ne comptait pas retourner à Safed, sa ville natale. Danny Rubinstein, écrivain et journaliste né à Jérusalem qui sympathise avec les épreuves des Palestiniens, affirme : « Je pense que Zochrot est une erreur. Les Palestiniens savent, ou leurs dirigeants savent, qu’ils doivent oublier Ramle, Lod et Jaffa. Ils doi­vent abandonner l’idée d’un retour comme but national. Si j’étais politicien palestinien, je dirais : Vous devez oublier. »

De son côté, Shlomo Abulafia, qui réside à Ein Karem, une ancienne ville palestinienne, explique : « Nakba est de l’histoire pour nous, mais une catastrophe pour eux. Qu’avons‑nous à perdre de la reconnaissance de la souffrance palestinienne ? Les deux partis s’éloignent sans cesse l’un de l’autre. Les gens vivent dans la peur. On vit dans le déni. »

Liat Rosenberg, directeur de Zochrot, affirme que cette or­ganisation est la seule qui s’occupe de 1948 (plutôt que de l’oc­cupation israélienne de 1967) et que grâce à elle les Israéliens connaissent enfin le mot Nabka : « Il fait désormais partie de la langue hébraïque et c’est un progrès ». Selon Claire Oren, partici­pant à la visite d’al‑Walaja, ancien village de 2 000 habitants

« Plus il y aura d’Israéliens qui comprennent, plus il y aura de chan­ces d’empêcher une nouvelle catastrophe dans ce pays. »

[Source : The Guardian, UK]

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