Les barrages contestés du Tapajôs

Le fleuve Tapajôs, dans la région amazonienne du Brésil, est à la fois riche en biodiversité et le lieu d’habitation des In­diens Munduruku. Les projets gouvernementaux de construc­tion de barrages les forcent à faire campagne pour la survie de leur terre et de leur culture. Quelque 13 000 Mundurukus ont protesté contre le projet d’une série de cinq barrages hydroé­lectriques qui inonderont la terre sur le cours supérieur de la rivière Tapajôs, un des principaux affluents de l’Amazone.

Les associations écologiques sont également farouchement opposées à ces projets. Le fleuve Tapajôs est une zone d’une richesse biologique extrême, explique le biologiste britanni­que, Adrian Barnett. Plus de la moitié des espèces d’oiseaux du Brésil sont dans le Tapajôs.

Des contrats pour le premier barrage, Sào Luiz do Tapa­jôs, seront attribués dans le courant de l’année. Avec l’inon­dation de 552 kmz de terres, les digues vont changer le débit de la rivière, ce qui perturbera la vie des autochtones et des pêcheurs. Les barrages vont produire autant d’électricité que l’énorme barrage de Belo Monte, en cours de construction dans le nord du Brésil sur le fleuve Xingu, un autre affluent de l’Amazone. Claudio Salles, directeur d’Acende Brasil, un groupe de réflexion sur l’énergie, indique qu’ils fourniront deux tiers des 19 000 mégawatts nécessaires à l’ambitieux programme de développement du Brésil, que certains analys­tes jugent superflu. Celio Bermann, professeur en énergie et environnement à l’Université de Sào Paulo, critique le retour à la production de biens primaires, qui demandent beaucoup d’énergie et génèrent peu d’emplois.

Les travaux sur le barrage de la rivière Teles Pires, un af­fluent du Tapajôs, ont déjà conduit à retourner au bulldozer des terres autour des Sete Quedas (Sept Cascade) ‑ un lieu sa­cré pour les Mundurukus. Leurs chefs se plaignent : « 11 y a là des urnes funéraires, où nos anciens guerriers sont enterrés. Il y a également un portail, visible uniquement par les responsables reli­gieux chamans, à travers lequel ils passent pour se rendre dans un autre monde inconnu. » « Pourquoi ont‑ils détruit cela ? », a de­mandé un cacique, ou chef de tribu.

Le conseil local souligne que les Mundurukus veulent aussi de la technologique moderne et des biens modernes, mais Munduruku Maria Leusa Kaba, chef d’un nouveau groupe de protestation de femmes guerrières, qui n’étaient pas traditionnellement des combattantes, explique : « Nous voulons la modernité, mais tout en conservant notre culture. C’est possible et nous allons nous battre pour cela. »

[Source : BBC News, Royaume‑Uni]

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