Pérou : blocage de la construction d’un barrage en Amazonie

Ruth Buendia, Pérou ‑ Ruth Buendia avait 12 ans lorsque les guérilleros du Sentier lumineux ont envahi le territoire Ashâninka dans la vallée péruvienne de la rivière Ene. Des milliers d’Ashàninkas furent tués pendant le conflit ; des mil­liers d’autres ont fui leurs terres ancestrales. Le père de Buendia a été tué pendant le conflit, et sa mère l’avait en­voyée à Lima, la capitale, pour la mettre en sécurité.

Jeune adulte, R. Buendia est retournée dans la ville de Satipo, désireuse de renouer avec ses racines, et commença à travailler bénévolement pour le Centre Ashâninka de la ri­vière Ene (CAKE). En 2005, le départ à la retraite d’un mem­bre de la direction de l’organisation offre à R. Buendia l’op­portunité inattendue d’être la première femme élue prési­dente du groupe.

Peu de temps après cette élection historique, R. Buendia est tombée sur un reportage relatant un accord énergétique bi­latéral passé en 2010 entre les gouvernements du Brésil et du Pérou pour la construction d’une série de barrages hydroélec­triques à grande échelle sur l’Amazone. L’accord avait été adopté sans aucune consultation de la population Ashâninka vivant dans la vallée de la rivière Ene, en violation directe avec un traité international qui oblige les gouvernements à consulter les communautés autochtones sur les projets de dé­veloppement de leurs territoires.

Les demandes d’informations de CARE au gouvernement péruvien restèrent sans réponse, mais il est vite devenu clair que les grands barrages entraîneraient le déplacement de mil­liers d’Ashàninkas. R. Buendia et LARE commencèrent à s’adresser aux communautés Ashàninkas, leur faisant prendre conscience des dangers du barrage de Pakitzapango, en utili­sant des simulations numériques pour montrer que la vallée serait inondée lors de la construction. R. Buendia a également fait connaître son combat auprès des dirigeants internatio­naux, se rendant à Washington pour présenter un rapport à la Commission interaméricaine des droits de l’homme à propos de l’impact du développement de l’énergie au Pérou sur sa population.

En décembre 2010, suite au travail de R. Buendia, le mi­nistère péruvien de l’énergie a rejeté une demande de Pa­kitzapango qui aurait permis de lancer la construction du bar­rage. L’année suivante, Odebrecht, actionnaire principal d’un autre barrage, a annoncé son retrait du projet, invoquant la né­cessité de respecter le point de vue des communautés locales.

Avec le projet Pakitzapango immobilisé devant les tribu­naux, R. Buendia travaille activement au rétablissement des droits fonciers des Ashàninkas. Elle élabore un plan de ges­tion pour la réserve communautaire Ashàninka qui leur per­mettrait de protéger leurs terres de développements futurs, tout en permettant aux communautés locales de poursuivre des opportunités économiques durables tels que la culture du café et du cacao.

Il est l’un des lauréats du Prix Goldman 2014

 

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