L’effondrement du capitalisme mondial

« Il est indéniable que quelque chose d’ordre sismique se passe sous la surface. Quand et comment ça se révélera, de quoi ça aura l’air – ayant déjà traité ces choses par le passé – c’est impossible à prédire », explique Chris Hedges, professeur à l’Institut national – une organisation à but non lucratif dédiée à renforcer la presse indépendante et à faire respecter la justice sociale et les droits civiques.

En tant que journaliste, C. Hedges a couvert deux soulèvements palestiniens, la révolution en Europe de l’Est et les manifestations de rues qui ont renversé le dirigeant serbe Siobodam Milosevic. Lorsqu’on lui a demandé, dans un récent entretien, pourquoi il pensait que le monde était sur le point de vivre un grand moment révolutionnaire, il a répondu : « Le système du capitalisme mondial s effondre Il ne peut plus s’étendre comme par le passé. Il a renforcé la richesse d’une minuscule élite mondiale oligarchique. Le plus important est que le fondement idéologique d’un capitalisme sans entraves et illimité est en train de perdre son emprise sur l’imagination d’un grand nombre de gens qui ne bénéficient pas du système mondial. Cela se traduit par le fait que les citoyens se retournent contre leurs élus politiques. Par exemple, la cote de popularité du Congrès américain est un nombre à un chiffre, et la participation électorale est toujours au plus bas. »

Chris Hedges poursuit ainsi son analyse des causes de la chute du système actuel : « Ils ont détruit les institutions et les mécanismes qui rendaient possible des réformes partielles. On a ainsi atteint un moment très dangereux. En substance, les systèmes se sont figés.

Les institutions démocratiques sont destinées à l’amélioration du sort des classes inférieures. C’est ce qui arriva lorsque le capitalisme s’effondra dans les années 1920 et 1930 ; il y eut le New Deal. Mais nous avons supprimé ces mécanismes au nom de l’anti-communisme et avec l’implantation d’une idéologie de marché néo-libérale qui a évincé les valves de sécurité par lesquelles les démocraties libérales capitalistes pouvaient s’occuper des problèmes des déshérités. »

C. Hedges dénonce la notion d’effet de ruissellement de la richesse, introduite par Margaret Thatcher et Ronald Reagan au début des années 1980. « C’était un mensonge, cela a rendu fabuleusement riche une petite élite d’entreprises mondiales oligarchiques. Cela a aussi déclenché la spéculation mondiale avec une accumulation de pseudo richesse extrêmement dangereuse : la surestimation des marchés provoque des bulles qui finissement par éclater, comme ce fut le cas de la net-économie en 2000 ou l’effondrement de 2008 avec la crise des remboursements des prêts hypothécaires à risque. Et les effets sur l’économie mondiale sont accablants. »

C. Hedges est également militant, auteur, pasteur presbytérien et humanitaire, et il anticipe une coalition de mouvements protestataires qui fournira la force nécessaire au changement : « En tant que journaliste, vous savez que le petit bois est là. Mais vous ne savez jamais ce qui va l’enflammer. Même les prétendus dirigeants du mouvement ne savent pas quelle sera l’étincelle – c’est une force mystérieuse. »

« Les garçons et les filles de la classe moyenne […] quittent l’université aux Etats-Unis en étant considérablement endettés, pour s’apercevoir qu’il n’y a pas de place pour eux sur le marché du travail […]. Forcer les gens à vivre avec une dette chronique est une forme de contrôle social et politique, comme tout Afro-américain vous le dira. Vous ne pouvez pas élever une famille avec 7,25 dollars de l’heure sans allocations […]. Cette situation unit les jeunes et le travailleur sous-payé, beaucoup étant sans papiers, qui ont ensemble mené le mouvement Occupy. Et ces alliances, comme celles avec le groupe La vie des Noirs compte, sont des coalitions fortes qui se trouvent en opposition avec l’Etat corporatiste. »

[Source : The Globe and Mail, Canada]

 

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