Shakespeare et l’hostilité contre les réfugiés : « Colossale inhumanité »

 

Source : www.playshakespeare.com ; www.theshakespeareblog.com

L’année 2016 marque le 400e anniversaire de la mort de Shakespeare. Pour l’occasion, beaucoup d’établissements publics anglais le remettent sur le devant de la scène. Une exposition importante se tient à la British Library, qui a parallèlement mis en ligne le seul manuscrit de Shakespeare restant. Celui-ci contient une scène qui fait écho aux débats actuels sur les réfugiés.

Ce manuscrit est un fragment d’une version de la pièce élisabéthaine Sir Thomas More d’Anthony Munday. Shakespeare a contribué à cette pièce sous la forme d’un discours qu’il fait prononcer par Thomas More lors de la révolte ouvrière du 1er mai 1517 à Londres [cf. Evil May Day].

A l’époque, la question était de savoir si les étrangers devaient être acceptés dans le pays. En effet, les Londoniens accusaient les immigrants lombards (Italie du Nord) de leur prendre leur travail et se montraient menaçant envers eux, voulant leur expulsion. Des violences similaires avaient cours quand la pièce a été écrite (dans les années 1590), cette fois-ci envers les réfugiés huguenots.

Pour ne pas inciter l’agitation en une époque de tensions religieuses qui engendra une crise des réfugiés sans précédent en Europe, la pièce n’a jamais été complétée ou mise en scène du vivant de Shakespeare. Dans les discours écrits par lui, Thomas More défend un traitement humain en faveur de ceux qui sont forcés à demander asile.

Dans le but d’apaiser la révolte, Sir Thomas entame une tirade passionnée et persuasive, en feignant de donner raison aux révoltés, qui demandent l’expulsion des réfugiés. Les mots de Shakespeare sont un appel éloquent qui résonne à coup sûr à nos oreilles contemporaines.

« Je concède leur expulsion, et reconnaissez que votre tapage a contesté toute la majesté de l’Angleterre.
Imaginez que vous voyiez les misérables étrangers, 
leurs nourrissons sur le dos et leurs pauvres bagages, marchant lourdement vers les ports et les côtes pour le transport, et que vous soyez assis comme des rois en vos désirs, les autorités bien silencieuse face à vos heurts, et vous, tout drapé dans l’arrogance de vos opinions.
Qu’auriez-vous obtenu ? Je vais vous le dire : vous auriez montré comment l’insolence et la force doivent prévaloir, comment l’ordre doit être réprimé ; et par ce patron, pas un d’entre vous ne vivrait âgé, puisque d’autres ruffians, par leurs fantaisies travaillés, avec exactement les mêmes mains, les mêmes raisons,
et les mêmes revendications
vous abuseraient de leurs ruses, et les hommes comme des loups affamés, se nourriraient les uns des autres […]
[…] Admettons que le roi […] dusse tellement réduire votre grand crime, et ne seulement vous bannir, où iriez-vous ?
Quel pays, par la nature de votre erreur, devrait vous donner refuge ? Allez en France ou en Flandres, dans une province allemande, en Espagne ou au Portugal, oh non, n’importe où qui n’adhère à l’Angleterre,
Eh bien, vous serez inévitablement des étrangers : seriez-vous contents de trouver une nation au tempérament si barbare, que, se couvrant d’une hideuse violence, elle ne vous laisse pas une demeure sur terre, [et ses habitants] aiguisant leurs détestables couteaux contre vos gorges, vous rejetant comme des chiens, et comme si ce Dieu ne vous avait rien donné ni ne vous avait fait, ni que les éléments, ne soient tous appropriés à vos confortations mais garantis pour eux [habitants du pays], que penseriez-vous, d’être ainsi usés ?

C’est là le cas des étrangers ; et c’est là votre colossale inhumanité. »

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