Une architecture humanitaire

Un architecte japonais réputé pour venir en aide aux commu­nautés ayant subi des catastrophes naturelles ou autres cala­mités, a remporté le Prix Pritzker, généralement considéré comme le Prix Nobel de l’Architecture.

Shigeru Ban a débuté sa carrière en 1994, en concevant des abris temporaires pour des réfugiés du Rwanda. Puis, à la suite de tremblements de terre, il fit la même chose en Turquie, à Haïti et au Japon. Utilisant de manière innovante des tubes de papier, du bambou, du tissu et des composites de matériaux re­cyclés, S. Ban crée des structures solides, durables et légères. Il emploie également des matériaux renouvelables, produits lo­calement, et fait appel à la main d’oeuvre locale lorsque c’est possible. « Ses constructions peuvent servir d’abris, de centres com­munautaires ou de lieux spirituels pour ceux qui ont tout perdu et dont les vies ont été détruites, a expliqué le jury du Prix Pritzker. Lorsqu’une tragédie survient, il est souvent là le premier. »

Les créations de S. Ban sont d’une simplicité élégante. Il en est de même de sa philosophie. Il cherche à venir en aide à des communautés, en particulier aux communautés marginales, et déclare : « C’est d’amour dont l’architecture a le plus besoin. Pour moi cette récompense est un encouragement. Gagner de l’argent ne m’intéresse pas: J’aimerais continuer à vivre en aidant les gens. »

[Sources : New York Times; archdaily.com ; pritzker‑prize.com ] Partage international

Solidarité avec les Palestiniens

Le 26 novembre 2013, l’Assemblée générale de l’Onu a pro­clamé 2014 Année internationale de solidarité avec le peuple palestinien.

Dans le cadre de cette résolution, l’Assemblée a demandé au Comité de l’Onu pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien d’orienter les activités de cette année de manière à « promouvoir la solidarité avec le peuple palestinien en favorisant la prise de conscience internationale sur la question pa­lestinienne. »

En réponse à cette demande, le comité a organisé de nom­breux événements internationaux : débats, séminaires, forums, diffusion de documentaires etc., par des ONG, comme Defence for Children, International Palestine.

[Sources : unispal.un.org ; palestineun.org Partage international

La Cour suprême du Canada soutient les droits des indigènes

Dans un arrêt considéré comme le plus important de l’His­toire concernant les peuples premiers, la Cour suprême du Canada a stipulé que ces peuples possèdent leurs terres ances­trales, sauf s’ils ont formellement renoncé à leur propriété par des accords signés avec le gouvernement.

La Cour a reconnu que la propriété ancestrale signifie contrôle des terres et droit de les utiliser dans un but écono­mique moderne, mais sans permettre de les détruire pour les générations futures.

La doctrine de la terra nullius, en latin « terre vide », qui correspond au principe juridique selon lequel les peuples in­digènes étaient tellement peu civilisés qu’ils ne pouvaient pas être considérés comme propriétaires et occupants légaux, a été abolie par la Cour. Le gouvernement conserve un droit d’intervention, mais seulement s’il peut concilier des intérêts indigènes avec des objectifs publics plus vastes.

Cet arrêt de la Cour pourrait compromettre certains projets énergétiques du pays et freiner les projets litigieux comme ce­lui du pipeline du Northern Gateway qui devrait transporter les sables bitumineux à travers les vastes régions écologi­quement sensibles du Nord de la Colombie britannique.

[Sources : The Globe and Mail; www.CBC.ca ]

Des millions de personnes manifestent contre Monsanto

Des millions de personnes à travers le monde ont participé à la troisième marche annuelle contre Monsanto, appelant au boycott permanent des organismes génétiquement modifiés (OGM) et d’autres produits agro‑chimiques nocifs. Ces mani­festations se sont déroulées sur les six continents, dans 52 pays, avec des événements dans plus de 400 villes.

Tami Monroe Canal, fondatrice de la Marche contre Monsanto (MAM), déclare qu’elle a lancé le mouvement pour protéger ses deux filles : « Le modèle prédateur de Mon­santo ainsi que les pratiques agricoles industrielles menacent la santé, la fertilité et la longévité de leur génération. MAM encou­rage un système de production alimentaire durable. Nous devons agir maintenant pour arrêter les OGM et les pesticides nocifs. » Monsanto est une société multinationale active dans les do­maines de la chimie et des biotechnologies applicables à l’agriculture ; son siège se trouve aux Etats‑Unis.

Sur la base de succès récents tels que l’interdiction de la culture d’OGM dans deux comtés de l’Oregon et une législa­tion sur l’étiquetage des OGM dans le Vermont, T. Canal a déclaré que le mouvement a déjà engrangé un certain nombre de points positifs cette année ; les gens se sont réellement battu contre des Goliath de l’industrie biotechnologique et ont gagné contre la puissance financière de compagnies telles que Monsanto. Les OGM ont été au moins partiellement in­terdits dans plus de 15 pays et doivent être étiquetés dans 62 pays.

Selon MAM, les OGM ne sont pas contrôlés de manière adéquate pour assurer la sécurité publique. Des études indé­pendantes, à long terme, validées par des scientifiques indé­pendants, n’ont jamais été effectuées avant que les OGM ne soient utilisés pour la consommation humaine ou animale.

Dans une déclaration vigoureuse de soutien à la marche, le Dr Vandana Shiva qui milite en faveur d’une justice ali­mentaire écrit

« La Marche contre Monsanto est une marche pour la li­berté et la démocratie, pour la santé et la sécurité, pour les semences et la biodiversité. Les gens me demandent souvent

Pourquoi Monsanto ? Ma réponse est : nous n’avons pas choisi de cibler Monsanto, c’est Monsanto qui a choisi de s’attaquer à nos semences et notre droit à la nourriture, nos institutions scientifiques et démocratiques et nos propres vies.

Monsanto a reconnu avoir rédigé le traité de l’Organisa­tion mondiale du commerce (OMC) qui porte sur la propriété intellectuelle et qui permet que les semences soient redéfinies comme propriété intellectuelle de Monsanto. Et c’est par les brevets que Monsanto, un fabricant de poison, est devenu un géant des semences dont elle contrôle de larges parts. E Inde, Monsanto contrôle 95 % du marché des semences d coton, ses super profits obtenus grâce aux royalties sur les se mences a enfermé de nombreux petits fermiers dans des deta tes qui ne pourront pas être remboursées : 284 000 paysans se sont suicidés en Inde en raison de dettes liées aux semences et aux produits chimiques.

Les sociétés telles que Monsanto étaient derrière la direc­tive de la Communauté européenne qui aurait rendu la diver­sité et la récolte de semences illégales en Europe. Le dernier Parlement a renvoyé la directive à la Commission europé­enne. Nous devons faire en sorte que le nouveau Parlement n’approuve pas cette directive.

Aux Etats‑Unis, Monsanto a utilisé ses moyens financiers pour porter atteinte au droit des citoyens américains à savoir ce qu’ils mangent. Monsanto menace l’Etat du Vermont, car il a instauré une loi sur l’étiquetage. Monsanto a introduit un projet de loi au Congrès intitulé Loi sur la sécurité et l’étique­tage correct des denrées alimentaires, qui s’est attiré le surnom de Dark Act : Deny Americans the Right to Know (refuser aux Américains le droit de savoir).

Il s’agit d’une attaque contre la démocratie et la liberté des personnes. Alors que Monsanto annonce qu’elle se retire de l’Europe, elle pousse les OGM sur les pays d’Europe de l’Est. Elle pousse à la conclusion de nouveaux traités com­merciaux comme le TTIP (Traité transatlantique sur le com­merce et l’investissement) afin de saper la politique large­ment anti OGM de l’Europe et en vue d’obtenir des droits de propriété intellectuelle sur les semences.

Monsanto revendique plus de 1 500 brevets en matière de résistance au changement climatique, et espère utiliser la crise climatique pour faire encore plus de profits.

Récemment, Monsanto a racheté la société Climate Cor­poration afin de contrôler les données climatiques et météo­rologiques, et de les commercia­liser : Monsanto vise les sur profits grâce à un contrôle total sur la nature et l’humanité. Nous cherchons une liberté pour les semences, une liberté pour la nourriture et une démocratie sur Terre pour que tous les êtres de la planète soient libres et pour que le bien‑être de cha­cun soit protégé par le partage, les soins, l’amour, la compassion et l’abondance pour tous.

La cupidité et la violence d’une entreprise ne peuvent pas détruire la vie sur Terre, les vies de nos agriculteurs et celles de nos enfants. C’est pourquoi nous marchons con­tre Monsanto. »

[Sources : www.commondreams.org , www.march‑against‑monsanto.com , www.seedfreedom.inPartage international

Des jeunes engagent des actions en justice contre le gouvernement américain

Dans le cadre d’une campagne nationale menée par des jeunes, plusieurs organismes gouvernementaux des Etats‑Unis sont poursuivis pour avoir omis de prendre des mesures adéquates en matière de change­ment climatique. Cet effort sans précédent, porté par des spécialistes du climat et des juristes, a conduit à des procès en cours au niveau fédéral ainsi que dans les 50 Etats.

Le procès au niveau fédéral a été lancé par cinq adolescents et deux associations à but non lucratif

WildEarth Gardians et Kids vs. Global Warming. Il est basé sur le principe selon lequel le gouvernement doit protéger les ressources essentielles à la survie de toutes les générations.

« Puisque les Etats‑Unis constituent le plus grand émetteur historique de dioxyde de carbone, l’équilibre de l’atmosphère ne pourra pas être rétabli sans l’action du gouvernement », déclare Julia Olson, avocate impli­quée dans le procès au niveau fédéral.

D’après la plainte déposée contre six agences fédérales américaines, dont l’Agence de protection de l’environnement et le ministère de l’Energie

« Le bien‑être des jeunes est directement affecté par l’in­capacité du gouvernement à faire face au changement climatique d’origine humaine, et à moins que le gouver­nement n’agisse immédiatement pour réduire rapide­ment les émissions de carbone, les jeunes devront faire face à des dommages irrévocables tels que l’effondrement des systèmes de ressources naturelles et un territoire en grande partie inhabitable. »

Outre la poursuite au niveau fédéral, des ac­tions ont été déposées dans les 50 Etats, avec l’aide de Our Children’s Trust, association à but non lu­cratif qui soutient les jeunes par des actions juri­diques.

« Jamais auparavant dans l’histoire, nous avons vu un ensemble coordonné d’actions en justice de cette am­pleur», a déclaré Mary Wood, professeur de droit et directrice pour le Programme juridique sur les ressources environ­nementales et naturelles à l’Université de l’Oregon.

Bien que de nombreuses actions juridiques aient déjà été lancées en matière de protection de l’eau, celles‑ci n’avaient jamais été appliquées dans le domaine climatique. D’après M. Wood : « Le raisonnement utilisé dans le cadre de la protection de l’eau s’applique également au climat car tous les deux consti­tuent des ressources essentielles à notre survie. Le but est de protéger les ressources essentielles sur lesquelles compte le public pour sa sur­vie et son bien être ; le gouvernement a une obligation de protéger ces ressources en utilisant les meilleures solutions disponibles. »

Les données scientifiques ont été fournies dans ce procès par une équipe de chercheurs à la pointe en matière climati­que, dirigée par James Hansen, scientifique retraité de la Nasa. Sur la base de ces données, l’action en justice exige que le gouvernement des Etats‑Unis réduise les émissions de car­bone à l’échelle nationale de 6 % chaque année jusqu’à ce que la concentration de CO Z dans l’atmosphère atteigne 350 par­ties par million.

J. Olson souligne que l’action en justice ne demande pas au tribunal d’imposer une action spécifique : « Nous ne deman­dons pas à la cour de préparer le plan ; c’est une distinction impor­tante. Le tribunal doit tout simplement faire valoir un droit et or­donner que la politique respecte la loi. II ne s’agit pas d’une ques­tion politique. Ce congrès ne doit pas décider si oui ou non il faut protéger notre atmosphère, parce que c’est un droit fondamental qui appartient au peuple. »

Grant Serrel, 17 ans, impliqué dans l’action en justice, a déclaré que la suite de ce procès aura un impact direct sur les générations futures : « Notre objectif est d’obtenir d’urgence des réductions d’émissions afin que nous puissions protéger le climat pour les générations futures. Si le gouvernement n’agit pas mainte­nant, nous ne pourrons plus le faire d’ici dix ans. »

Xiuhtezcatl Roske‑Martinez, 14 ans, également engagée dans l’affaire, ajoute : « Il est important que les jeunes de ce pays rappellent à nos représentants que leur but principal est de protéger les gens. Nous avons un mot à dire au sujet du monde dont nous allons hériter. »

[Source : america.aljazeera.com ]

 

Espagne : le triomphe d’un parti du peuple

Il y a trois mois, Podemos (Nous pouvons) n’existait même pas. Pourtant, le dimanche ler juin 2014 au soir, le nouveau parti de gauche espagnol célébrait déjà une victoire. A la sur­prise des analystes et des instituts de sondage, il remportait 8 % des voix aux élections européennes, ce qui lui donnait cinq sièges au parlement.

Pablo Iglesias, 35 ans, est la nouvelle étoile filante des ins­tituts de sondage ; ses fréquentes apparitions à la télévision ont aidé à donner une dimension nationale à Podemos.

Malgré son manque de financement et la faiblesse de son organisation, le nouveau groupe a réussi à capter plus de 1,2 million de votes, prenant appui en particulier auprès des jeu­nes Espagnols.

Professeur en sciences politiques, Pablo Iglesias est un cri­tique virulent des élites en Espagne et en Europe, et des poli­tiques d’austérité menées suite à la dernière crise financière.

La troïka (composée de fonctionnaires de la Commission européenne, de la Banque centrale européenne et du Fonds monétaire international) a joué un rôle clé lors des crises ré­centes en Grèce, au Portugal et en Espagne. Faisant écho à un mécontentement généralisé dans ces pays, P. Iglesias affirme sur son site que l’objectif principal de la troïka est « de sécuri­ser les profits des banques, des grandes entreprises et des spéculateurs. L’Europe ne peut pas être un instrument pour asphyxier les pays du Sud, et 1 Espagne ne peut pas être une cible pour la corruption, la fraude et les spéculateurs immobiliers. »

Pablo lglesias affirme : « L’Europe ne peut pas être un instrument pour asphyxier les pays du Sud, et l’Espagne ne peut pas être une cible pour la corruption, la fraude et les spéculateurs immobiliers. »

La longue liste de promesses formulées par Podemos à l’oc­casion des élections comprend la suppression des paradis fis­caux, l’instauration d’un revenu minimum garanti et l’abais­sement de l’âge de la retraite à 60 ans. Le parti a mené sa campagne électorale européenne avec un budget minimum, en faisant appel au peuple et en jouant sur l’omniprésence de », P. Iglesias dans les émissions de la télévision espagnole.

Le terrain fertile ayant permis la croissance rapide de Podemos provient du mouvement des Indignés, pas des socia­listes, a déclaré Inigo Errejôn, 30 ans, directeur de campagne j du nouveau parti. Il ajoute : « Le mouvement des Indignés était incroyablement vaste et ne pouvait pas être pleinement repris par un parti politique ; beaucoup d’entre nous étaient là, sur les places et dans les manifestations ; nous avons écouté ce que les gens di­saient et nous avons pris des notes. Sans les changements que les Indignés ont provoqué sur la scène politique espagnole, Podemos n’aurait pas été possible. Nous sommes une force citoyenne, compo­sée de personnes qui se sont réunies et ont mené une campagne élec­torale pratiquement sans argent. »

Les fondateurs de Podemos expliquent que le mouvement a été fondé en tant que parti il y a trois mois, après un débat houleux entre différentes assemblées issues du mouvement des Indignés sur la question de savoir si le travail devait se poursuivre au niveau de la base ou s’il fallait se doter d’une structure formelle.

Jusqu’à présent, la participation au parti se fait via des « cercles » qui forment environ 300 groupes de travail créés au niveau d’un quartier, d’une ville ou d’un vil­lage. Des milliers de personnes ont utilisé ces « cer­cles » pour exprimer leurs idées pour un nouveau parti qui vise à être différent en tous points. Ces grou­pes, qui ne partagent pas forcément une même idéolo­gie, sont unis par le désir de « reprendre la démocratie qui nous a été enlevée ». D’après I. Errejôn : « La formule initiale de participation directe peut et doit rester ; en même temps, le lien entre les élus et les électeurs devra être articulé d’une manière plus traditionnelle et plus stable pour des raisons d’efficacité. Ce sera la tâche qui nous at­tend pour les prochains mois. »

[Sources : El Pais, Espagne ; The Financial Times, The Guardian, Royaume‑Uni.]

L’appel du pape à « sauvegarder la Création »

S’adressant à une foule immense, à Rome, le 21 mai 2014, le pape François a rappelé que nous devons protéger la Création.

Le discours du pape a suivi de peu l’organisation par le Vatican d’un sommet de cinq jours sur la durabilité. Intitulée L’Humanité durable, la nature durable, notre responsabilité, ce sé­minaire a réuni des scientifiques, des juristes, des économis­tes et des philosophes pour discuter des moyens pour l’Eglise catholique de répondre à une série de problèmes causés par le changement climatique.

Dans son allocution du 21 mai 2014, le Pape a déclaré « … Le don de science nous aide à éviter de devenir la proie d’attitudes excessives ou incorrectes, comme le risque de se considérer comme les maîtres de la Création. La Créa­tion n’est pas un bien que nous pouvons contrôler à notre guise ; c’est encore moins la propriété de quelques‑uns : la Création est un don, un don merveilleux que Dieu nous a ac­cordé pour en prendre soin et l’utiliser au profit de tous, tou­jours avec beaucoup de respect et de gratitude.

Nous sommes les Gardiens de la Création. Mais quand nous exploitons la Création, nous détruisons ce signe d’amour de Dieu pour nous. En détruisant la Création, nous disons à Dieu : « Je ne l’aime pas ! Ce n’est pas bon ! » ‑« Alors qu’est‑ce que tu aimes ? » ‑ « Je m’aime ! » Et là, c’est péché ! Voyez‑vous ?

Le Gardien de la Création est le gardien du don de Dieu pour nous et c’est aussi une façon de dire merci à Dieu […] Et ce devrait être notre attitude envers la Création. Protéger la Création. Parce que si nous détruisons la Création, la Créa­tion nous détruira ! N’oubliez jamais cela ! »

[Sources : Radio Vatican ; globalpossibilities.org]

Etats‑Unis : pas de fracturation dans l’Etat de New York

Helen Holden Slottje, Etats‑Unis ‑ Helen Slottje, avocate de Boston, avait déménagé à Ithaca (New York) avec son mari, qui avait rejoint l’entreprise familiale. Ils étaient tombés amoureux du charme rural de l’État de New York, où les lacs Fingers fournissent en amont de l’eau potable pour une grande partie de la région nord‑est ‑ juste au‑dessus des gise­ments de schiste argileux de Marcellus, la plus grande réserve de gaz de schiste des États‑Unis.

En 2009, H. Slottje a vu dans le journal local l’annonce d’une réunion sur les forages de gaz. Elle s’y est rendue et en est ressortie horrifiée par les images qu’elle avait vu. Des paysages vierges défigurés par les constructions, les équipe­ments de forage et les fosses de déchets. Les familles étaient délaissées et devaient se débrouiller avec l’eau et l’air pollués qui entraînaient des problèmes de santé par la suite.

H. Slottje a décidé d’agir. Grâce au travail et aux recher­ches de bénévoles, elle a acquis des connaissances sur l’im­portance du zonage local et les lois sur l’utilisation des terres pour limiter les effets néfastes de l’utilisation des terres sur les riverains. H. Slottje a découvert que les villes pouvaient utiliser les lois de zonage pour interdire purement et simple­ment la fracturation au sein de leurs territoires.

H. Slottje discuta de cette idée avec un groupe de travail sur les forages de gaz dans la ville voisine d’Ulysse et, avec son mari, aida le groupe à rédiger une loi locale pour empê­cher la fracturation hydraulique. Les membres de la commu­nauté ont rédigé une pétition pour interdire la fracturation hydraulique, et les habitants intéressés pour la signer ont commencé à inonder la mairie d’appels téléphoniques. La nouvelle se répandit dans les villes voisines, et bientôt les ci­toyens dans les villes des environs ont commencé à faire cir­culer des pétitions similaires.

Lorsque le conseil de la ville de Dryden (New York) a adopté à l’unanimité une loi en 2011 interdisant la frac­turation hydraulique, l’industrie du gaz a poursuivi la ville. L’industrie a perdu la bataille au tribunal de première ins­tance, et après avoir fait un appel sans succès, l’affaire est maintenant devant la plus haute cour de l’État.

Plus de 170 villes à travers l’État de New York ont adopté des lois locales interdisant la fracturation hydraulique, ba­sées sur le cadre juridique novateur de H. Slottje. Beaucoup d’autres, inspirées par les succès des petites villes contre de puissantes entreprises, travaillent sur des interdictions et informent les organisations de terrain dans d’autres États comme la Californie, le Texas et le Colorado.

Elle est l’une des lauréats du Prix Goldman 2014

[Source : Le Prix Goldman]

Russie : préserver la nature sauvage

Suren Gazaryan, Russie ‑ Située à l’ouest du Caucase, le long de la mer Noire, la région de Krasnodar, en Russie, est l’un des écosystèmes sans équivalent les plus diversifiés d’Eu­rope. C’est également un lieu de vacances d’été apprécié des Russes, où chacun peut profiter de la nature.

Malgré l’importance environnementale de la région, un groupe de hauts fonctionnaires russes s’est emparé de vastes étendues de terres pour construire des résidences privées de luxe. Les Jeux olympiques de Sotchi, situé au coeur de cette région, ont stimulé encore plus le développement, en rédui­sant toujours plus l’accès aux terres publiques et mettant la faune en danger. En outre, la législation adoptée récemment a mis une pression énorme sur les militants écologistes russes, dont beaucoup sont contraints de s’enregistrer en tant qu’agents étrangers ou à faire face à de lourdes amendes et à des poursuites pénales.

Suren Gazaryan est l’un de ces militants de l’environne­ment, né à Krasnodar où il a étudié la biologie à l’université et pratiqué la spéléologie dans le désert local. Sa fascination pour les chauves‑souris a déterminé ses études supérieures et l’a conduit à mener une carrière de zoologiste.

Pendant qu’il effectuait des travaux de recherche dans les années 1990, S. Gazaryan constata, preuves à l’appui, que l’exploitation forestière et les constructions illégales détrui­saient l’habitat des chauves‑souris. Il s’est rendu compte qu’étudier simplement les chauves‑souris n’était pas suffi­sant : il avait la responsabilité de les protéger.

S. Gazaryan est devenu militant bénévole de l’association Surveillance environnementale du Nord Caucase (EWNC), et a commencé à travailler sur une campagne pour arrêter la construction d’un palais présidentiel somptueux sur les terres protégées par le gouvernement fédéral. Il a organisé des ma­nifestations et des pétitions, et a posté des centaines d’articles sur des blogs sous son vrai nom ‑ acte incroyablement coura­geux étant donné le contexte politique actuel. Il a également publié des séquences vidéos filmées au cours de ses inspec­tions des terres saisies illégalement.

Après deux années de campagne intensive menée par S. Gazaryan et EWNC, la réserve naturelle d’Utrish a été créée, en 2010, avec le plus haut niveau de protection offert par la législation russe, et le ministère des Affaires présiden­tielles a annoncé qu’il abandonnait les plans de construction pour le palais controversé.

S. Gazaryan a payé le prix fort pour son engagement. En 2012, il a ramassé une pierre pour se défendre lors d’une al­tercation avec trois gardes armés pendant l’inspection d’un chantier de construction illégal. Les autorités russes l’ont alors accusé d’avoir menacé de mort les gardes. Risquant une lourde peine de prison dans un système judiciaire corrompu, S. Gazaryan a été contraint de fuir en Estonie où il a reçu l’asile politique.

Il est l’un des lauréats du Prix Goldman 2014

 

Afrique du Sud : lutte contre l’apartheid économique

 Desmond D’Sa, Afrique du Sud ‑ Près de 70 % de l’industrie de l’Afrique du Sud est située au sud de Durban, où vivent 300 000 personnes, pour la plupart des travailleurs à faible revenu. Les résidents du sud de Durban dans le KwaZulu­Natal y ont été déplacés de force par le régime d’apartheid afin de constituer une main‑d’oeuvre bon marché pour l’éco­nomie industrielle naissante. Ce sont les premières victimes des produits chimiques toxiques de l’industrie, dont le bassin d’activité a été tristement surnommé la « vallée du cancer ».

En 1990, Wâsteman, une grande entreprise de gestion des déchets, a ouvert un site d’enfouissement, sans consultation ni participation des collectivités locales, pour accueillir les dé­chets dangereux des usines voisines. Les produits chimiques toxiques déversés dans la décharge ont empoisonné la terre, l’eau et l’air. En 2009, la décharge de Bulbul Drive approchait de sa capacité maximale et Wasteman a présenté une demande de prolongation du bail de la décharge jusqu’en 2021.

Desmond D’Sa est né et a grandi dans la banlieue de Dur­ban. Il avait 15 ans quand ils furent déplacés, lui et sa fa­mille, par le gouvernement, les forçant à vivre à côté des usi­nes polluantes. Il trouva des emplois dans les usines de pro­duits chimiques, où il a constaté les préjudices environ­nementaux causés aux communautés locales. Ses expérien­ces, qui l’ont profondément bouleversé, conduirent D. D’Sa à devenir un défenseur de la justice environnementale. En 1996, il cofonda l’Alliance pour la communauté environ­nementale de Durban Sud (SDCEA), où il a commencé en tant que bénévole.

Lorsque le bail de Wasteman arriva à échéance, les groupes locaux ont demandé à D. D’Sa et à la SDCEA de redynamiser une campagne de longue date pour fermer la décharge de déchets toxiques pour de bon. Il a commencé à organiser les diverses communautés historiquement mar­ginalisées du sud de Durban pour les unir dans leur opposi­tion à la décharge, en utilisant des outils innovants tels que les diagrammes d’odeur et des « brigades » d’analyse de l’air. Avec ses collègues, ils ont maintenu l’attention des médias sur ce problème, en mettant les journalistes en relation avec les habitants de Durban sud affectés par la décharge.

Face à l’opposition croissante de la communauté, Waste­man a annoncé en août 2010 qu’elle retirait sa demande d’ex­tension de la décharge de déchets toxiques. En novembre 2011, la décharge fut fermée officiellement.

Dans ce qui est largement considéré comme une tentative de le faire renoncer à son combat, la maison de D. D’Sa a été incendiée par des inconnus, détruisant une grande partie de ses biens personnels et le laissant avec des brûlures et sa fa­mille profondément traumatisée. En raison des menaces constantes d’agressions, il vit séparé de sa famille.

D. D’Sa a maintenant orienté sa lutte contre l’expansion du port de Durban, un projet de 10 milliards de dollars qui entraînerait le déplacement de milliers de personnes sans compensation et aggraverait les problèmes de gestion des dé­chets, de pollution et de circulation.

Il est l’un des lauréats du Prix Goldman 2014